Un poisson surgelé tient-il la comparaison avec la criée un jour sans marché ?

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La décongélation de mon poisson surgelé a laissé une flaque froide sur l’assiette, juste au bord de l’évier, un samedi matin de pluie à Nantes, en Loire-Atlantique. Moi, Océane Bozonnet, j’avais un filet de poisson blanc surgelé portionné, et je voulais préparer un plat sans attendre le marché de Talensac. En regardant la chair mouiller le torchon, j’ai compris que je n’étais pas loin du mauvais résultat. Je voulais surtout préciser dans quels cas cette méthode fonctionne et dans quels cas elle déçoit.

Une fois que j’ai vu que ça coinçait

Au début, je suis partie du principe qu’un sachet sorti du congélateur se comporterait comme du frais. J’ai laissé plusieurs filets sur le plan de travail, par moments pendant que je préparais mes légumes. Le dessus ramollissait vite, l’odeur montait, et je me retrouvais avec une chair molle avant même la poêle. Je pensais gagner du temps, j’en perdais surtout au moment de cuire.

Le pire, c’était la sensation du filet mouillé qui collait à la main. Dès qu’il touchait la poêle, ça bouillonnait au lieu de saisir, et je voyais l’eau courir autour des bords. La peau ne prenait pas couleur, le pavé se défaisait, et ça me faisait lâcher la spatule trop vite. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Moi, Océane Bozonnet, j’ai appris à regarder le moment du sel autant que la cuisson. J’ai fini par voir que le vrai problème venait de la décongélation, puis du salage posé trop tôt. Le poisson ne manquait pas de qualité; c’est ma méthode qui l’abîmait. Et ça, je l’ai compris en direct, pas dans un manuel.

C’est ce jour-là, en essuyant une flaque d’eau tiède sous mon filet, que j’ai compris que la méthode comptait plus que le produit. La flaque avait coulé du saladier jusque sous la planche, et j’ai dû tout éponger avant de reprendre mon plat. J’ai été frappée par ce détail banal, parce qu’il disait tout.

Trois semaines plus tard, la surprise d’une technique maîtrisée

Trois semaines plus tard, j’ai changé de geste. Je suis devenue très stricte: une assiette sous le poisson, aucune eau enfermée, et une nuit entière au réfrigérateur. En 12 heures, le filet perdait déjà moins d’exsudat; avec un pavé plus épais, je laissais 24 heures. J’ai été convaincue par ce silence au fond de l’assiette.

Sur un pavé de colin, la poêle a enfin saisi au lieu de bouillir. La peau a pris une vraie couleur, la chair est restée ferme, et la spatule a glissé sans arracher les fibres. Je sais que la coupe et le geste comptent plus que le discours. Là, le résultat était visible dès la première minute.

J’ai aussi déplacé le sel. Je sale juste avant la cuisson, par moments dans la poêle quand la face du dessous est déjà prise. Saler trop tôt faisait pleurer le filet et resserrait la chair; plus tard, j’ai gardé un moelleux net. J’ai fini par comprendre que ce petit délai changeait toute la tenue.

J’ai vu la chair se bomber légèrement dans la poêle, signe qu’elle avait encore trop d’eau, et j’ai ajusté le temps de décongélation. Ce petit renflement m’a servi de repère mieux qu’une minuterie. Depuis, je regarde le bord du pavé avant de le retourner. Ce geste m’évite une cuisson molle et un fond de poêle triste.

Je n’attends pas du surgelé qu’il rivalise avec une bonne criée un matin de marché. Mais pour un dîner en semaine, il me rend un vrai service, surtout avec beurre blanc, herbes ou légumes du potager. Quand ma famille rentre plus tard, je sais que j’aurai un repas propre, sans courir au dernier moment. J’ai fini par l’accepter sans le défendre à tout prix.

Ce que j’aurais dû vérifier avant d’acheter et cuisiner

Je sais que l’espèce change tout. Un filet de cabillaud ne réagit pas comme un merlu, et un lieu noir en pavé tient mieux qu’un morceau trop mince. J’en ai acheté à 8 euros le kilo, puis à 15 euros le kilo, et la différence se sentait surtout dans la tenue. Le filet portionné m’a paru plus simple que le pavé massif pour un soir pressé.

Le sachet raconte déjà une partie de l’histoire. Quand je vois un glaçage épais, des cristaux de glace ou des zones blanchies, je me méfie tout de suite. À l’ouverture, un bon produit sent l’iode ou presque rien; un produit fatigué prend une odeur de carton froid ou de frigo. Le glaçage fond d’un coup au rinçage, et je me retrouve avec moins de poisson que prévu.

Le surgelé me plaît dans une sauce, un gratin ou une papillote. En cuisson courte et sèche, il me déçoit plus vite, parce que la moindre eau en trop casse la coloration. Sur un simple aller-retour à la poêle, je préfère un poisson plus frais. C’est là que le contraste avec le marché devient le plus net.

Un jour sans marché, j’ai comparé un filet surgelé avec un poisson acheté la veille à Talensac. La différence m’a sauté au nez à la dégustation: le frais gardait une longueur en bouche plus nette et une fermeté plus franche. Le surgelé restait honnête, mais il perdait ce petit ressort qui fait la différence à la première bouchée. J’ai été frappée par ce décalage très simple.

J’ai aussi appris à repérer les pièges de conservation. Quand un sachet reste trop longtemps au fond du congélateur, je vois apparaître des cristaux, puis des zones blanchies. Sur les poissons gras, une odeur de vieux gras ou de carton me fait lever le sourcil tout de suite. Là, je ne cherche pas à sauver le plat.

Au final, un bon choix, pas pour tous,

— je le réserve à la personne qui cuisine pour trois ou quatre, qui rentre tard, et qui veut un dîner propre en 25 minutes. Je le garde aussi pour celle qui a déjà un sachet au congélateur depuis 3 mois et qui veut le vider sans stress. Pour un couple qui accepte de sortir le poisson la veille, le compromis tient bien, surtout en sauce ou en gratin.

— je le déconseille à celle qui cherche une peau croustillante, une odeur nette et une cuisson minute. Je le déconseille aussi à la table de fête où le filet doit se défendre seul, sans sauce ni légumes. Si tu veux sentir chaque fibre à la première bouchée, le surgelé te laisse sur ta faim, et je préfère alors attendre un vrai passage au marché de Talensac.

  • le poisson frais de grande surface, plus simple à travailler le jour même, mais pas toujours très droit en odeur
  • la conserve, pratique pour une brandade ou une salade, mais trop marquée pour un filet à l’assiette
  • le poisson fumé, utile quand je veux aller vite, mais il change complètement le plat

Mon verdict: je choisis le poisson blanc surgelé pour les soirs de semaine, parce qu’il est pratique et correct en sauce ou en gratin, à condition de le décongeler au réfrigérateur et de respecter la chaîne du froid. Pour quelqu’un qui accepte de sortir le sachet la veille et qui cuisine avec beurre blanc, légumes ou herbes, c’est un oui franc. Pour quelqu’un qui cherche la cuisson courte, la peau croustillante et l’odeur la plus nette possible, c’est non, et je préfère attendre Talensac.

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L’autrice